Publié le 24 avril 2016 - par

Nous respectons tous la loi de Gombretin

photo_gombretinDe l’homme dont je souhaite vous parler aujourd’hui nous n’avons pas de photo. Vous ne le connaissez peut-être pas, mais Alphonse GOMBRETIN mérite que son nom soit cité.
Une de ses lois (actualisée) s’applique particulièrement à notre domaine : « L’erreur est humaine, mais pour provoquer une vraie catastrophe, il faut un ordinateur« . Pourquoi n’avons nous pas de photo de cet illustre ingénieur ? Sa loi s’est appliquée à lui-même : Lors de la séance de pause organisée avec Daguerre (1787-1851), l’obturateur de l’appareil chargé d’immortaliser ses traits refusa obstinément de fonctionner.

La loi de Gombretin

Elle a été créée par cet illustre inconnu qui travaillait à l’époque sur la charge des condensateurs :
« Si un composant peut lâcher, il lâchera. Si un composant ne peut pas lâcher, il lâchera. Si un composant ne doit pas lâcher, il lâchera.« 

Gombretin ou Murphy ?

Elle a ensuite été largement déclinée comme nous allons le voir, mais surtout a été vérifiée en de nombreuses circonstances.
Nos voisins anglo-saxons l’ont remise au goût du jour dans les années 1940 sous le nom de Loi de Murphy, mais la paternité de cet ensemble de propositions a bien une origine française. Edward Murphy, ingénieur aérospatial américain n’ayant fait que reprendre les formulations de notre Alphonse national.

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La loi de Murphy se formule ainsi :
« Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal »
ou selon une variante plus détaillée :
« S’il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour emprunter cette voie. »

Loi de l’emmerdement maximum

Mais bon, au diable le chauvinisme, ces deux ensembles de lois s’appellent également « Loi de l’emmerdement maximum » et sont pris en compte dans de nombreux domaines, de l’aéronautique au spatial en passant par l’électronique et l’informatique.

Une application pratique

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Explosion de la navette Challenger. Les sept membres de l’équipage ont perdu la vie.

L’explosion de la navette Challenger relève de l’application de la loi de Gombretin :

« L’accident a été provoqué par la rupture de l’un des joints toriques d’un des deux propulseurs à poudre accolés au réservoir principal d’hydrogène. Il avait souffert de conditions climatiques particulièrement froides au cours de la nuit précédant le tir. Les joints en question, développés par la compagnie américaine Morton Thiokol, située au nord des États-Unis, n’avaient pas été testés en conditions de grand froid. Les concepteurs considéraient que le lieu de tir, la Floride, bénéficiait d’un climat toujours ensoleillé. Le fait est qu’un phénomène météorologique touchant assez fréquemment la Floride avait fait descendre la température bien en dessous de 0 °C au cours de la nuit précédant le tir.

Les ingénieurs de Morton Thiokol avaient néanmoins de sérieux doutes sur la capacité de résistance du joint au froid, à cause notamment d’incidents remarqués au cours de certains vols précédents. Mais le joint n’ayant pas été formellement testé puisque la question du froid ne s’était même pas posée, ils furent incapables de prouver la faiblesse de cette pièce au directeur de tir.« 

Le texte de la loi

Entrons dans le vif du sujet avec le texte de la fameuse loi de Gombretin :

Généralités

  1. Si un composant peut lâcher, il lâchera.
  2. Si un composant ne peut pas lâcher, il lâchera.
  3. Si un composant ne doit pas lâcher, il lâchera.
  4. Les composants interchangeables ne le seront pas.
  5. Dans une revue technique, la partie la plus importante de toutes les descriptions de montage est le rectificatif paraissant le mois suivant.
  6. Dans les revues étrangères, il y a aussi des fautes d’impression. Toutefois, elles sont moins évidentes car on ne dispose que rarement de deux numéros consécutifs de la même revue.
  7. Les erreurs de l’auteur et de l’imprimeur s’ajoutent dans le sens qui produira le plus de dégâts lors de la réalisation du montage.
  8. Les auteurs des articles qui demandent aux lecteurs de bien vouloir leur signaler ce qu’ils pensent du montage qu’ils décrivent ne savent pas à quoi ils s’engagent.
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Circuit intégré… désintégré 😉

Calculs préliminaires

  1. Toute erreur susceptible de se produire se produira. Toute constante est variable. Le résultat qui a le plus de chances d’être exact sera faux.
  2. Tout calcul fait avec des puissances de dix négatives sera faux ; c’est le cas d’une transformation de farads en picofarads.

Le choix des composants

  1. La disponibilité d’un composant est inversement proportionnelle au besoin que vous en avez.
  2. Si vous avez besoin de dix composants identiques pour un montage vous en aurez neuf en stock.
  3. Si vous disposez de cent résistances dans le fond de votre tiroir, la valeur que vous recherchez n’y sera pas.
  4. Si vous disposez de dix mille résistances dans vos tiroirs, la valeur que vous cherchez n’y sera pas non plus, mais il vous faudra plus de temps pour vous en rendre compte.
  5. Lorsque vous commanderez douze résistances de cinq kilohms, vous recevrez cinq résistances de douze kilohms.

Outillage

  1. Les pinces coupantes ne couperont pas.
  2. Au bout de quatre à cinq démontages, les vis six pans creux deviennent des vis cylindre creux rendant l’appareil totalement inviolable.
  3. Si vous disposez de la collection complète des tournevis classiques, les vis de votre appareil seront des vis cruciformes.
  4. Lorsque vous emprunterez la collection complète des tournevis cruciformes, il sera trop tard. La tête de votre vis aura été suffisamment fraisée par les tournevis précédents.

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Construction du prototype

  1. Tout fil coupé à la bonne longueur sera trop court.
  2. Un fil de transistor ayant vaillamment résisté lors de l’établissement de vos quatre prototypes cassera net lors de la réalisation définitive.
  3. Lorsque vous laisserez échapper votre tournevis, il atterrira à l’endroit le plus inaccessible où il provoquera le plus de dégâts.
  4. Tout composant polarisé sera monté dans le mauvais sens.
  5. Ce n’est qu’après avoir soudé, avec le grand soin, les cinq broches de votre fiche qu’il apparaîtra que la gaine de plastique aurait dû être enfilée avant le début de l’opération.
  6. Ce n’est qu’après avoir dessoudé péniblement tous les fils et passé la gaine de plastique, puis ressoudé les fils que vous vous rendrez compte que cette $#%%*££ de capot de la prise aurait dû être lui aussi enfilé AVANT sur les fils.
  7. Tout montage fonctionnera parfaitement jusqu’à ce que vous ayez fait les dernières retouches de peinture sur le coffret.
  8. Lorsque vous aurez consciencieusement fini d’assembler le kit que vous avez reçu, vous vous apercevrez de la présence de pièces supplémentaires sur votre établi.

Mise au point, mesure

  1. Lors de la mesure d’une tension le contrôleur sera toujours connecté avec la mauvaise polarité.
  2. Les valeurs indiquées dans la description de votre montage seront toujours exprimées dans l’unité la moins maniable (le quart de mho par pouce carré).

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Réparation, maintenance

  1. Tout composant de valeur lâchera quelques jours après la date de péremption de sa garantie.
  2. Vous aurez égaré le schéma de votre montage, lorsqu’il faudra le réparer.
  3. Après avoir enlevé les douze vis à grand peine, vous vous apercevrez que vous avez démonté le mauvais couvercle.
  4. Après avoir replacé les douze vis, à grand peine, vous vous apercevrez que vous avez oublié de remettre le joint

Conclusion

Paru dans un numéro d’avril de Radio Plans il y a… quelques années, cet ensemble de lois peut sembler trop beau pour être vrai, mais j’ai pu en vérifier à de nombreuse reprises la justesse.

Qui n’a jamais posé un Raspberry Pi flambant neuf sur une vis qui trainait par là ? Qui n’a pas longuement peaufiné une sublime démonstration qui n’a pas fonctionné le moment venu ?

Pour ceux qui ne connaissaient pas Gombretin, ayez une pensée émue pour ce grand homme la prochaine fois que vous vérifierez sa loi.

Les mauvaises langues disent que jusqu’au bout, Alphonse Gombretin resta la preuve vivante de sa propre loi. Amèrement déçu par l’ignorance criminelle de ses contemporains, qui en étaient alors à des déductions philosophico-scientifiques sur la nature de la foudre en boule, il tente de mettre fin à ses jours en s’électrocutant. Malheureusement la batterie de condensateurs qui devait lui donner la fatale secousse ne parvint qu’à mettre le feu à son laboratoire. Gombretin ne devait pas survivre à cette ultime déception. (mais ce n’est peut-être qu’une légende ?)

Vous pouvez télécharger le PDF de la loi de Gombretin sur framboise314.fr

Bonus

La loi de Gombretin/Murphy est parfois appelée Loi de la Tartine Beurrée. Cette loi dit que toute tartine beurrée tombe forcément sur le carrelage du côté beurre. Des études très sérieuses ont montré récemment que cette loi est liée au fait que nos tables n’ont  pas une hauteur suffisante pour que la tartine puisse faire un tour complet. Ceci augmente le nombre de « chances » qu’elle tombe côté beurre. Il y a des variantes sympathiques à cette loi également:

Loi de la tartine beurrée

  1. Une tartine de pain beurrée qui tombe sur le côté non beurré rebondit autant de fois qu’il le faut pour trouver son point d’équilibre idéal : côté beurré contre la moquette.
  2. Si on essaie de rattraper une tartine beurrée qui tombe, on ne réussit qu’à la briser, se mettre du beurre plein la main et agrandir la zone de moquette tachée par tous les morceaux tombés -évidemment- côté beurre.
  3. La tartine de beurre tombe toujours du côté beurré, sauf s’il y a une possibilité de s’asseoir dessus.
  4. Un sandwich beurré peut ne pas tomber face beurrée… dans ce cas il tombera dans une bouse de vache.
  5. La probabilité qu’une tartine beurrée soit lâchée au-dessus d’un tapis est directement proportionnelle à la valeur de ce dernier.
  6. Si une tartine tombe du côté non beurré, c’est que vous avez beurré le mauvais côté.
  7. etc. etc.

Vos propositions

Balthazar propose sur la page facebook de framboise314 :
« Tout montage qui fonctionnait parfaitement sur la breadboard ne marchera plus une fois soudé d’après le même schéma »

Sylvain dans les commentaires :
 » j’ai vérifié qu’un composant à 100€ protège très efficacement le fusible à 0.1 € et se suicide joyeusement pour l’épargner  »

Un chat en antigravité ?

Pour clôturer cette digression printanière qui nous a emmenés bien loin du Raspberry Pi (quoique ?)  je ne peux vous quitter sans mentionner une expérience de pensée qui n’a pas encore pu être vérifiée, mais les recherches se poursuivent.

Le paradoxe du chat beurré est un paradoxe physique et théorique fondé sur la combinaison de deux lois :

  • un chat retombe toujours sur ses pattes.
  • une tartine beurrée tombe toujours du côté du beurre.

Le paradoxe apparaît lorsque l’on considère ce qui arriverait si l’on attache une tartine beurrée (face beurrée orientée vers l’extérieur) sur le dos d’un chat, et que l’on lâche le chat depuis une hauteur importante.

Buttered_cat Lorsque le chat tombe, il utilise sa colonne vertébrale et sa queue pour se tourner et  atterrir sur ses pattes. Ce réflexe de basculement latéral apparaît chez le chaton vers trois ou quatre semaines et est entièrement maîtrisé au bout de sept semaines. Dans cette position la seconde loi est violée et la tartine ne va pas tomber côté beurre.

La tartine produit alors un mouvement de rotation qui ramène le chat sur le dos. Mais le chat doit retomber sur ses pattes…

Comme ni le beurre ni les pattes ne peuvent finir en l’air, l’ensemble chat-tartine ralentit à l’approche du sol et commence à tourner, pour finalement atteindre un état stationnaire près du sol.

Comme le chat essaye d’atterrir sur se pattes et la tartine sur le côté beurré, il s’ensuit un mouvement rotatif qui maintient le chat dans un état antigravitationnel à faible distance du sol…

Certains chercheurs supposent qu’en fait il faudrait régler la quantité de beurre pour que la force de la tartine puisse tout juste égaler la force des pattes du chat.
(ps : je n’ai bu que de l’eau, ce midi 🙂 )

Dernière minute : la vidéo !

Grâce à Fab Dub, nous sommes en mesure de vous montrer la vidéo qui prouve que le paradoxe du chat beurré donne des résultats !

Sources

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À propos François MOCQ

Électronicien d'origine, devenu informaticien, et passionné de nouvelles technologies, formateur en maintenance informatique puis en Réseau et Télécommunications. Dès son arrivée sur le marché, le potentiel offert par Raspberry Pi m’a enthousiasmé j'ai rapidement créé un blog dédié à ce nano-ordinateur (www.framboise314.fr) pour partager cette passion. .

23 réflexions au sujet de « Nous respectons tous la loi de Gombretin »

  1. msg

    Bonjour ,

    Vers la fin , avec cette histoire de chat et de tartine , je me demandais s’il n’y avait que la tartine qui était beurrée !?

    Citation : « (ps : je n’ai bu que de l’eau, ce midi ) »
    J’espère que ce n’était pas de l’eau de vie ! 😀

    Cet article , a t-il un lien direct avec le test de la Pi3 ?
    Citation : « Qui n’a jamais posé un Raspberry Pi flambant neuf sur une vis qui trainait par là ? »

    Courage , on dit que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit .
    Sauf si on a bu un coup et qu’on est un peu tartine .

    Répondre
    1. François MOCQ Auteur de l’article

      Bonjour Fab Dub
      merci de porter à la connaissance de la population cette technique vraiment révolutionnaire. J’ai moi-même été abusé par ces pervers lobby !
      Désolé
      Cordialement
      François

      Répondre
  2. S.POURRE

    Ah, un peu d’humour dans ce monde de brutes.
    Pour la loi de Gombretin (Murphy), dans le domaine de la maintenance, j’ai vérifié qu’un composant à 100€ protège très efficacement le fusible à 0.1 € et se suicide joyeusement pour l’épargner 😉

    Pour ton chat, je ne vois qu’une seule solution à cet apparent dilemme: Prends un chat de Schrödinger et refais l’expérience.
    Cordialement et merci pour ce moment de bonne humeur.

    Sylvain

    Répondre
    1. François MOCQ Auteur de l’article

      Ah oui, je n’y avais pas pensé !
      merci Sylvain
      mais bon tant qu’on n’aura pas ouvert la boîte on ne saura pas s’il est tombé côté pattes ou côté tartine 🙁
      y’en a même qui disent qu’il serait dans les deux états à la fois ? tu le crois, toi ?
      à mon avis ce n’est pas très… décohérent
      merci pour ta réponse
      73’s
      François

      Répondre
  3. eric

    Hilarant :-))))

    On doit pouvoir optimiser la stabilité sustentatoire du chat en utilisant une ou plusieurs tartines circulaires et concaves, fixée à des points stratégique du dos du félin et en utilisant du beurre label rouge, nettement plus performant.

    Répondre
  4. MajorLee

    ça fait du bien ! Merci.
    Dans la partie maintenance, on peut citer aussi les 11 premières vis qui se défont sans problème et c’est invariablement la douzième qui foire ou qui est au fond d’un logement pour lequel la lame du tournevis est trop courte de… 2mm.
    Est-ce que quelqu’un a réussi à calculer la vitesse de rotation du couple chat tartine au dessus du sol ?

    Répondre
  5. Ping : Donnez la parole à votre Raspberry Pi | Framboise 314, le Raspberry Pi à la sauce française….

  6. jempi13

    C’est marrant ça, le quart de mho par pouce carré, ça m’est resté.
    Je me suis dit « mais c’est pas de lui ? ». Mais la source est citée juste après. Je dois avoir encore ce numéro de Radio Plans.

    Répondre
  7. Ping : Ajouter le WiFI au Raspberry Pi Zero sans monopoliser l’USB | Framboise 314, le Raspberry Pi à la sauce française….

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